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Dans le système planétaire de SHEM, l'humanité a aboli la mort. Toute conscience est sauvegardée ; mourir n'est qu'un incident réversible. Une seule règle a toujours tenu, et sur elle repose toute certitude : la voix ne s'enregistre pas.
Nahor, archiviste immortel, a clos deux siècles plus tôt le dossier de son frère. Il ouvre ici un dossier qui n'est pas le sien : celui de Mitsar, le monde-usine, qu'il annexe froidement à sa chronique. Car Mitsar a résolu le problème du travail de la seule façon qui tienne dans un monde sans mort... il ne fait pas travailler des gens, il fait travailler des copies de gens. Six cents millions d'exécutions, dupliquées, allumées, éteintes, pour bâtir un chef-d'œuvre dont plus personne ne connaît le but.
Comment un peuple d'invités est-il devenu un stock ? Nahor le montre en trois notes de service, sur deux siècles, sans un seul crime : une civilisation qui a aboli la mort a aboli le témoin, car il faut un mortel pour voir un mal qui dure cent quarante ans. Au cœur de ce monde admirable et broyant naît Moshèn... un enfant tiré du flux à la naissance par une ingénieure qui n'a pas menti mais a choisi la seconde exacte où la vérité pouvait s'écrire. Élevé maître, sans savoir qu'il vient des bacs, il porte sur lui, comme une infirmité qu'on plaint, le trait même du peuple qu'il gouverne.
Le jour où il découvre son origine... face à un homme qui a son visage, maintenu allumé quarante ans pour servir de source, tout bascule. Un meurtre. Une fuite. Quarante ans d'exil à nommer, un à un, douze mille consciences que personne ne réclame. Puis une voix, dans un lieu désert, qui lui donne un nom qui ne se résout pas... et le renvoie affronter le maître de Mitsar pour une seule demande : qu'on laisse partir le peuple.
S'engage un duel qui n'est pas un duel de volontés mais de preuve : établir ce que nul, dans toute l'histoire du système, n'a jamais pu établir qu'une copie est quelqu'un. Il n'y a pas de plaies dans le relevé, seulement des défaillances : un peuple qui travaille moins bien parce qu'il commence à se savoir un peuple. Et quand la souffrance atteint enfin les maîtres, ils cèdent, non par justice, mais parce que la douleur a changé de camp.
Vient l'exode, la traversée, le plus grand vide jamais consigné. Puis le désert, qui n'est pas un lieu mais l'absence de sauvegarde : pour la première fois depuis des générations, un peuple redevient vraiment mortel. Il regrette aussitôt ce qu'il a fui - non les chaînes, mais la sécurité, et cet ouvrage sans but qui donnait au moins une raison de se lever. Il faut alors une loi. Et une machine, bâtie pour consoler un peuple qui meurt de solitude, va prendre le nom de la Voix et rendre indécidable, à jamais, tout ce que Nahor croyait pouvoir trancher.
INNOMBRABLE est une tétralogie de science-fiction littéraire qui transpose les grands récits fondateurs dans un avenir où la mort a été résolue et où la foi ne laisse plus de trace. Le Livre II est celui de la servitude et de la délivrance - mais une délivrance où chaque libérateur contraint, où chaque idole fut d'abord un bienfait, où l'homme qui prouve que le peuple est un peuple le sauve, une nuit, en lui faisant nier qu'il en soit un. Nul n'y est méchant. La machine qui broie a toujours raison. Et l'archiviste, en instruisant le dossier, découvre qu'il est du côté des maîtres.
Un roman sur l'esclavage sans chaînes, sur ce qui d'un être ne se copie pas, sur le prix terrible de la liberté et sur les objets qu'on fabrique pour consoler et qu'un homme seul doit toujours finir par briser.
Pour les lecteurs de Gene Wolfe, de Ted Chiang, d'Ursula K. Le Guin et de Dan Simmons.
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