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SYNOPSYS DE L’OUVRAGE L’ÉCOLE DISCRIMINE-T-ELLE ? Le cas des descendants de l’immigration nord-Africaine La question de la discrimination constitue un fait majeur, révélateur des tensions des rapports de force de domination et d’altérité. La discrimination a fortement été documentée dans des domaines comme l’accès à l’emploi ou au logement. En revanche pour l’heure aucun ouvrage n’a traité frontalement de la discrimination scolaire. L’objet n’est pour autant pas tout à fait vierge. Il apparait dans des travaux qualitatifs, mais à la marge, dans des recherches ayant pour objet la discrimination en général affectant particulièrement les populations descendantes de l’immigration résidentes dans les quartiers populaires1. La discrimination scolaire apparait également dans des publications quantitatives sans parvenir clairement à l’objectiver2. C’est à l’un de ces noeuds problématiques auquel cet ouvrage s’attache en adoptant plusieurs points de vue théoriques et méthodologiques originaux. L’ouvrage cherche ainsi à combler un manque dans la littérature scientifique : constituer la discrimination scolaire comme un objet à part entière, combler plusieurs angles morts relatifs notamment à sa définition, à sa conceptualisation et à sa consistance empirique. Paradoxalement, alors que le terme discriminations scolaires est usité, il n’est pas défini et encore moins conceptualisé. Il recouvre tout à la fois des relations de face à face entre élèves et enseignants de nature infériorisantes, si ce n’est teintés de racisme, des inégalités de trajectoires scolaires, des régimes de sanctions ou encore des processus contingents tels que la ségrégation scolaire. L’une des difficultés à laquelle s’attache cet ouvrage est de sérier ces phénomènes et de construire un raisonnement basé sur des faits empiriques permettant de mieux identifier ce qui est constitutif de discriminations scolaires. Pour ce faire la définition et la conceptualisation de la discrimination scolaire est réalisée par un croisement des acquis de la sociologie de l’éducation, s’agissant des inégalités et des rapports de domination, ainsi que des emprunts au droit européen et international, notamment le droit de l’éducation. Est ainsi constitutif de discriminations scolaires tous faits actes ou décisions portant atteinte à la dignité et à l’intégrité des élèves comme de leurs parents et d’exercer une influence potentiellement préjudiciable sur les trajectoires scolaires. Nous distinguons ainsi des faits discriminatoires pouvant en rester à l’état « d’effets de langage »3, telles que les expressions de racisme à l’école, et des décisions scolaires se fondant sur des critères illégitimes de nature à affecter les trajectoires scolaires. Ainsi l’ouvrage montre comment certains processus scolaires interprétés autrefois en termes de domination (violence symbolique), peuvent aujourd’hui être considérés comme des pratiques discriminatoires. Il en est de même s’agissant des processus ségrégatifs dès lors qu’ils sont le produit d’une hostilité caractérisée à l’égard de certains types d’élèves. Pour réaliser ces 1 - Talpin J., Balazard H., Carrel M., Hadj Belgacem S., Kaya S., Purenne A., Roux G., (2021), L’épreuve de la discrimination. Enquête sur les quartiers populaires, Paris, Presses Universitaires de France 2 - Ichou M., (2018), Les enfants d’immigrés à l’école. Inégalités scolaires, du primaire à l’enseignement supérieur, Paris, PUF 3 - Fassin D., (2002), « L’invention française de la discrimination », Revue française de science politique, 2002/4, (vol. 52), p. 403-423 démonstrations l’ouvrage prend appui sur une base empirique hétérogène et dense. Il procède notamment d’une exploitation exhaustive d’une base de données de la Halde puis du Défenseur des droits sur une durée de seize ans s’agissant de signalements de procédures engagées mettant en jeux des discriminations scolaires. L’ouvrage est également fondé sur une enquête qualitative. Une partie du corpus est constituée d’un entretien approfondi avec un substitut du Procureur de la République s’agissant des traitements de cas d’expressions de racisme et de discriminations dans le cadre scolaire. Cet entretien est complété par celui réalisé avec un avocat du barreau de Paris spécialisé en droit de l’éducation. Une seconde partie du corpus est constituée d’entretiens biographiques approfondis croisés et collectifs de descendants de l’immigration nord-Africaine (Algérie, Maroc, Tunisie), en jouant sur des sources de variations générationnelles, géographiques, économiques et sociales. Cette partie du corpus vise non seulement à appréhender la façon dont ces populations ont été exposés à des processus de discriminations scolaires mais également à déconstruire une vision unifiante des descendants de l’immigration nord-Africaine, tant en ce qui concerne la problématique des styles de vie, les rapports aux espaces résidentiels, aux groupes des pairs, aux traditions, et à la religion. Une troisième partie du corpus est constituée d’entretiens collectifs, sous forme de focus groupes auprès d’élèves scolarisés dans des établissements situés dans des quartiers populaires. Une quatrième partie du corpus est constituée d’entretiens auprès de chefs d’établissements, d’enseignants, mobilisés comme informateurs de discriminations scolaires observées dans leur milieu professionnel. Ainsi c’est l’articulation de ces différents champs d’enquête qui donne au livre sa spécificité, en mobilisant ces différents angles et sources de corpus hétérogènes. L’ouvrage est décliné en trois parties. La première fait la socio-genèse de la scolarisation des descendants de l’immigration nord-Africaine à partir des années 1960-1970 en remobilisant la notion d’extériorité dans l’école républicaine d’Abdelmalek Sayad1. La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à une proposition de conceptualisation de la notion de discrimination scolaire dans une articulation entre sociologie droit de la non-discrimination et droit de l’éducation dans la perspective ouverte par Laure Bereni et Vincent-Arnaud Chappe concernant la façon d’articuler ces champs disciplinaires2 (Bereni et Chappe, 2011). La troisième partie de l’ouvrage est consacrée à l’exploitation de l’enquête qualitative en nous appuyant sur l’hétérogénéité du matériau recueilli. Il ressort de l’ouvrage que si nous ne pouvons affirmer que l’école discrimine de façon ontologique, nous pouvons en revanche constater à partir de la base empirique que se produisent en son sein des mécanismes que l’on peut qualifier de discriminatoires. Ceux-ci sont cependant complexes, éclatés, dispersés. Les discriminations scolaires épousent différentes formes : relations entre élèves et personnels scolaires, mais également parents d’élèves de nature vexatoire sur fond de déni de citoyenneté voire de racisme. Les discriminations scolaires prennent également la forme de restrictions d’accès à des offres scolaires ou à des ressources éducatives voire à l’éducation elle-même notamment pour les élèves porteurs de handicaps résidents dans les quartiers populaires. Les discriminations renvoient à des formes 1 - Sayad A., (2014), L’école et les enfants de l’immigration, Paris, Seuil 2 - Bereni L., Vincent-Arnaud Chappe V.A., (2011), « La discrimination, de la qualification juridique à l’outil sociologique, Politix, 2, n°94, p. 7-34 d’humiliation1 et de répression scolaire dès lors qu’elles sont entachées de biais affectant particulièrement certaines catégories d’élèves en raison de leurs propriétés migratoires. Enfin l’ouvrage traite de la question des relations complexes entre inégalités scolaires et discriminations. Ce qui différencie ces deux phénomènes, de fait combinés, est la notion de rupture flagrante d’égalité affectant particulièrement les élèves des quartiers populaires : manquements à l’inclusion scolaire en raison de défauts flagrants de moyens, de personnels, non remplacement des enseignants absents, ségrégation scolaire, dégradation patente des conditions de scolarisation. Si l’ouvrage aborde la question de la discrimination scolaire à propos des descendants de l’immigration nord-Africaine, il veille également à des montées en généralité précisément en raison du fait que le droit de la non-discrimination et surtout le droit de l’éducation sont par principe des droits universels. Si l’ouvrage porte la focale sur les descendants de l’immigration nord-Africaine, la discrimination scolaire constitue un problème social plus large. Elle s’exprime en raison de la vulnérabilité économique et sociale des populations, du lieu de résidence. L’ouvrage montre également qu’elle affecte particulièrement les élèves porteurs de handicaps, les élèves roms, les élèves comoriens, de Mayotte ou guyanais, autrement dit les peuples autochtones résidant sur le territoire français lorsqu’ils sont privés de leurs droits, ainsi que les élèves issus d’Afrique subsaharienne. Les discriminations scolaires concernent également les mineurs isolés, les demandeurs d’asile, les élèves résidant en hôtel social ou au Samu social. Le droit de l’éducation, n’est ainsi pas le droit que de quelques-uns, mais bien un droit pour tous dans une conception universaliste de l’école.
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